Mes dernières photos : les singes en sursis de Sumatra, Indonésie

Mes dernières photos : les singes en sursis de Sumatra, Indonésie

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Publié dans : Mes dernières photos

De retour d’un voyage en Indonésie, voici quelques photos de moments exceptionnels passés à la rencontre des singes de Sumatra : le mythique Orang-Outan, espèce gravement menacée d’extinction, et le très discret gibbon, également menacé. Des rencontres magiques !

L'île de Sumatra se trouve au nord-ouest de l'Indonésie. Elle est voisine de Singapour et de la Malaisie. Elle est traversée par l'Equateur.…maaaiiiis non, Tonton Photo ne vous a évidemment pas oublié pendant ses vacances ! :) Voici donc quelques photos de ces animaux très impressionnants, et particulièrement intelligents. Les rencontrer est un moment magique !
 
Il faut s’enfoncer pour 2 jours de trek en pleine forêt équatoriale. Il fait très chaud, l’air est saturé à environ 80% d’humidité, le sol est extrêmement boueux et glissant, ce dont raffolent les sangsues qui grouillent sur le sol… Hmmmmm, miam miam !
Le terrain est montagneux, les pentes sont raides, et les rencontres avec les orang-outans se méritent.
 

Les moments de proximité auprès de ces animaux sauvages et plutôt placides sont inoubliables !

 

Côté technique, l’humidité m’a posé des problèmes…

Je suis parti avec mon réflex (un Nikon D3s), un Sigma 24-70mm f/2.8 et un Sigma 70-200mm f/2.8, un Nikkor 50mm f/1.8 et un Sigma 105mm macro f/2.8. Au final, ce sont essentiellement les deux premiers objectifs qui m’ont servi, et tout particulièrement le 70-200mm pour photographier les singes.
 
J’avais déjà eu plusieurs fois la chance de voyager dans la jungle, mais jamais à un tel taux d’humidité ! Ces conditions entraînent quelques problèmes techniques liés à la sueur. En effet, en plein effort physique sous un tel climat équatorial, chacun sue plusieurs litres d’eau dans la journée. Mon appareil photo était donc trempé, via mes mains bien sûr, mais aussi via mon visage, lorsque je le collais au viseur (re-Hmmmmm, miam miam !).
 
Bien que le Nikon D3s soit un boîtier très solide et « tropicalisé » (c’est-à-dire que tous les joints sont renforcés pour une étanchéité maximale contre liquide, poussière, sable, …), le boîtier a été mis à rude épreuve. L’humidité venait se poser sur les lentilles de l’objectif, ce qui entraînait des sérieuses difficultés de calcul pour l’autofocus. Sans parler de la chaleur, qui n’aidait pas l’appareil…
 
Il m’a donc fallu éponger en permanence l’humidité en tamponnant l’objectif avec un chiffon sec (enfin quand je dis sec… au départ il l’était effectivement ;) ), puis en nettoyant l’objectif avec un stylo à lentille (ou « lens pen » in english).
 
Mais là où le nettoyage au lens pen prend quelques secondes en temps normal, cela me prenait environ 2 à 3 minutes à chaque fois car, avant de réussir à nettoyer, le stylo commençait systématiquement par faire baver toute l’humidité restée sur l’objectif…
 
…2 à 3 minutes pendant lesquelles les singes avaient largement le temps de s’en aller, ou de changer de position pour se cacher derrière des branches très feuillues… Mais aussi 2 à 3 minutes pendant lesquelles j’étais concentré sur les soucis matériels plutôt que de profiter du spectacle ;)
 
Bref, pour éviter ces manipulations de nettoyage incessantes, je devais éviter au maximum tout contact avec mon appareil afin de ne pas lui passer trop d’humidité… ce qui n’est pas facile quand justement on veut prendre des photos !
 
J’ai donc dû prendre mon mal en patience et prendre le moins de clichés possibles. J’ai alors privilégié les phases d’observation, prêt à dégainer mon appareil dès qu’une bonne occasion de prendre une photo se présenterait…
 

Au final ces contraintes sont plutôt bénéfiques puisqu’elles forcent à observer avant de déclencher, ce qui est toujours un excellent exercice de photographie !

 
Par ailleurs, j’ai découvert à mon retour combien mon capteur était sale ! Il y a des dizaines de grosses tâches sur toutes mes photos. La raison est simple : j’ai dû changer d’objectif à maintes reprises dans la jungle, exposant à chaque fois mon capteur à l’humidité, même le temps de deux petites secondes… Un nettoyage de capteur est donc au programme pour mon boîtier… ;)
 
Le bras d'un mâle dominant dépasse dans les feuillages. Orang-outan de Bukit Lawang, Sumatra, Indonésie © Clément Racineux / Tonton PhotoLe bras d’un mâle dominant dépasse dans les feuillages. Orang-outan de Bukit Lawang, Sumatra, Indonésie
© Clément Racineux / Tonton Photo

Femelle orang-outan tranquillement couchée dans les branches. Bukit Lawang, Sumatra, Indonésie © Clément Racineux / Tonton PhotoFemelle orang-outan tranquillement couchée dans les branches. Bukit Lawang, Sumatra, Indonésie
© Clément Racineux / Tonton Photo

Jeune orang-outan jouant d'une branche à l'autre. Bukit Lawang, Sumatra, Indonésie © Clément Racineux / Tonton PhotoJeune orang-outan jouant d'une branche à l'autre. Bukit Lawang, Sumatra, Indonésie
© Clément Racineux / Tonton Photo

Une toilette bien méritée après une journée de marche dans la jungle ! Parc National du Gunung Leuser, Sumatra, Indonésie © Clément Racineux / Tonton PhotoUne toilette bien méritée après une journée de marche dans la jungle ! Parc National du Gunung Leuser, Sumatra, Indonésie
© Clément Racineux / Tonton Photo

La mine avenante d'un mâle dominant ;) Orang-outan de Bukit Lawang, Sumatra, Indonésie © Clément Racineux / Tonton PhotoLa mine avenante d'un mâle dominant ;) Orang-outan de Bukit Lawang, Sumatra, Indonésie
© Clément Racineux / Tonton Photo

Portrait de femelle orang-outan. Bukit Lawang, Sumatra, Indonésie © Clément Racineux / Tonton PhotoPortrait de femelle orang-outan. Bukit Lawang, Sumatra, Indonésie
© Clément Racineux / Tonton Photo

Le zoo inversé : un splendide gibbon noir vient nous observer, comme au spectacle ! Parc National du Gunung Leuser, Sumatra, Indonésie © Clément Racineux / Tonton PhotoLe zoo inversé : un splendide gibbon noir vient nous observer, comme au spectacle ! Parc National du Gunung Leuser, Sumatra, Indonésie
© Clément Racineux / Tonton Photo

Gibbon noir, Parc National du Gunung Leuser, Sumatra, Indonésie © Clément Racineux / Tonton PhotoGibbon noir, Parc National du Gunung Leuser, Sumatra, Indonésie
© Clément Racineux / Tonton Photo

Toujours aussi curieux : le gibbon noir ! Parc National du Gunung Leuser, Sumatra, Indonésie © Clément Racineux / Tonton PhotoToujours aussi curieux : le gibbon noir ! Parc National du Gunung Leuser, Sumatra, Indonésie
© Clément Racineux / Tonton Photo

Ambiance sauvage digne du livre de la jungle ! Sumatra, Indonésie © Clément Racineux / Tonton PhotoAmbiance sauvage digne du livre de la jungle ! Sumatra, Indonésie
© Clément Racineux / Tonton Photo

 

(La parenthèse écolo…)

La principale menace qui pèse sur ces grands singes est la destruction de leur habitat : l’Indonésie est un pays en plein boom économique, et l’île de Sumatra se développe en particulier grâce à la culture des palmiers à huile, qui donne… de l’huile de palme (et oui, on entend beaucoup parler de cette huile dans l’actualité ! Vous saurez maintenant qu’en la consommant vous contribuez aussi à la destruction de la jungle primaire et à la disparition des singes… C’est pourtant sympa un singe, non ? :) )
 
Les cultivateurs détruisent la jungle primaire sur des milliers d’hectares, à coup de feux de forêts volontaires et extrêmement destructeurs (le gigantesque aéroport de Kuala Lumpur, en Malaisie, est ainsi régulièrement contraint de bloquer son trafic aérien en raison des fumées en provenance de Sumatra…). Ils plantent ensuite des palmiers à huile sur ces gigantesques superficies.
 
Vu d’avion, je peux vous assurer que les superficies sont hallucinantes, on ne voit que des palmiers à perte de vue. Rien d’autre ne pousse en-dessous. Et depuis la route, même topo : on peut rouler facilement 2 heures sans voir d’autre paysage que celui des plantations.
 
Résultat : si les singes ont survécu aux incendies, ils ne peuvent survivre à cette mono-culture dans laquelle ils ne retrouvent ni leur habitat, ni la variété alimentaire dont ils ont besoin pour vivre. Sans parler des cultivateurs qui les abattent lorsqu’ils nichent dans leurs arbres…
 
Le fait d’aller rendre visite à ces animaux est une manière de signaler aux autorités locales que des gens s’intéressent à ces animaux et que, si eux-mêmes s’en désintéressent, ils peuvent au moins apprécier le fait que les orang-outans amènent un peu de tourisme, et donc de l’argent au niveau local (sans compter le prix d’entrée dans le parc qui contribue directement aux programmes de sauvegarde et de protection des orang-outans et des gibbons dans cette zone).
 

Mais revenons au sujet de ce blog : la photo !

 

outre le plaisir de rencontrer ces animaux, c’est évidemment un grand plaisir et un défi de les photographier !

 
Il faut être réactif car ils se déplacent vite d’une branche à l’autre. La végétation est très dense, il faut donc sans cesse se déplacer pour trouver un angle de vue dégagé et intéressant, tout en veillant à ne pas glisser, se prendre sur la tête une branche lancée par les singes, s’empaler sur des branches épineuses ou se couper sur des herbes tranchantes… (Indiana Jones, sors de ce corps ! ;) )
 
Il faut aussi attendre que le singe ait une attitude intéressante afin de capter son regard, un mouvement, etc.
 
Enfin, il faut bien comprendre que la gestion de la lumière est complexe : sous les arbres, il fait très sombre. Mais lorsque que l’on pointe l’appareil en hauteur pour viser les singes, on se retrouve en situation de contre-jour, avec un ciel très blanc… (À ce sujet, vous pouvez d’ailleurs relire mon article sur la gestion de la sensibilité ISO).
 
De mon côté, j’ai cherché à capter des attitudes, tout en souhaitant restituer cet environnement très dense. Cela fait partie du spectacle ! C’est pourquoi je me suis toujours déplacé de manière à intégrer des feuillages dans mes compositions. Par ailleurs les feuilles et branchages permettent de donner du relief, de la profondeur à chaque photo ! Mais il faut bien sûr veiller à ce que ces éléments ne cachent pas l’animal…
 

Avez-vous d’ailleurs repéré que sur certaines photos j’applique la règle des tiers pour placer l’animal dans ma composition ? ;)

 
Dans ces régions de forêts sauvages, le paysage est fascinant, inspirant… mais pas forcément facile à photographier ! Il faut savoir se concentrer sur le défi photographique, tout en savourant l’instant présent !
 

Et vous, quel est votre problème principal lorsqu’il s’agit de restituer en photo l’atmosphère d’une forêt ou d’une végétation épaisse ?

…dites-le dans les commentaires !

(Requêtes ayant mené à cet article)
  • singe bornéo indonésie
  • sumatra singes

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4 commentaires... et vous ?

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  1. Annabelle dit :

    Superbe article, j’ai vraiment adoré !!!
    Tes conseils en photo sont toujours aussi clairs et ludiques, j’apprécie vraiment de plus en plus ton blog que j’ai découvert il y a peu.
    Et je compte bien moi aussi aller voir les Orang et les Gibbons (j’adore leur chant !) dans leur milieu naturel, à Bornéo et/ou Sumatra, l’année prochaine, pour un voyage d’un an par ci par là ^_^ Du coup, si tu as des guides locaux, des endroits reculés, des endroits magiques loin des foules de touristes à conseiller, je suis preneuse !!! :D
    Pour tout ce qui est photo, je trouve un peu de tout ici, à part « quels appareils et objectifs Annabelle doit elle emmener pour son voyage et ne pas trop s’encombrer mais profiter quand même de TOUTES les situations ». Je sais, j’en demande beaucoup … Mais bon, il me reste 1 an pour me décider ^_^
    Merci encore pour ce chouette article et ces superbes photos
    Ah si, (Colombo style), c’est quoi les Exifs de la photo de la femmelle Orang par curiosité stp ?

    • Tonton Photo dit :

      Bonjour Annabelle,
      merci pour ton sympathique commentaire et désolé pour le délai de réponse, je n’avais pas vu ce commentaire ! Aaargh, honte à moi ;)

      Pour ton voyage, je confirme qu’aller voir les orang-outans et les gibbons est vraiment une super expérience à ne pas manquer. En réalité les gibbons sont difficiles à apercevoir. C’est un coup de chance.

      Pour ma part je suis allé ces grands singes à Bukit Lawang, dans le parc du Gunung Leuser à Sumatra. Il est impossible d’aller les voir tout seul car la jungle est un environnement extrêmement hostile et, à moins de connaître la jungle comme sa poche, c’est l’égarement assuré…
      Ce que je te conseille vraiment, c’est donc de prendre les services d’un guide local (ce n’est pas qu’il est facile d’en trouver, c’est plutôt qu’il est difficile de ne pas les rencontrer ;) ), et surtout d’opter pour le trek de plusieurs jours. En effet une sortie à la journée sera beaucoup trop courte et frustrante.
      Le trek est une option géniale : le climat est difficile, les ascensions parfois abruptes et dans la boue, on dort sur une bâche humide en pleine jungle et on se lave dans les rivières. Bon, il faut accepter les conditions (perso j’adore !), mais la récompense est à la hauteur de l’effort fourni :)

      Dans Bukit Lawang même, j’avais opté pour une petite auberge à l’écart du quartier des auberges, car sinon c’est un mini-village entiers de touristes étrangers. Se mettre un peu à l’écart permet de rester au contact des indonésiens, et de passer une soirée tranquille avec eux au bord de la rivière.

      Les indonésiens adorent la musique, donc si tu es musicienne tu vas pouvoir passer de bonnes petites soirées :)

      Une autre étape que le hasard m’avait fait découvrir et qui était très sympa : le canyon d’Harau, à une quarantaine de kilomètres de Bukkitingi. Si tu aimes prendre un scooter et aller errer dans les villages à la rencontre des locaux, c’est un endroit qui te plaira. Quand j’y suis allé il n’y avait que 2 auberges : une haut-de-gamme et trop chère, et une petite auberge tenue par indonésien super sympa, où chaque chambre est une petite maison traditionnelle Minangkabau, le tout au pied d’une cascade. Pas d’eau courante ni d’électricité, mais un endroit magique quand même ! …et en prime on entend régulièrement les gibbons chanter au loin :)

      Et sinon, n’oublie pas d’aller faire le même genre de tour en scooter dans les villages entourant le lac Toba. Tu ne rencontreras aucun touriste, mais beaucoup de villageois et de beaux points de vue sur le lac.

      Enfin, les EXIF du portrait de la femelle orang-outan : 200mm – F/4.5 – 1/320 – 1600 iso.

      Voilà, j’espère que ces quelques réponses pourront t’aider !

  2. Florian dit :

    Salut Tonton,

    Superbes photos, cela doit être unique de se retrouver devant ces grands singes!
    Penses-tu que ce type de trek est envisageable sans boitier tropicalisé? Ou était-ce surtout l’humidité due au contact de la peau qui posait soucis?
    Superbe travail avec ce site et pour les explications toujours aussi imagées.

    • Tonton Photo dit :

      Bonjour Florian,
      merci pour ton message qui me fait bien plaisir !
      …et désolé pour le délai de réponse, j’étais parti en congés puis ai été pris dans le trop-plein d’e-mails.

      Je confirme que c’est un souvenir unique, très marquant !

      Beaucoup de gens vont là-bas sans boîtier tropicalisé et s’en sortent. Mais, si tu en as les moyens bien sûr, je te conseillerais quand même d’éviter de le faire. Un de mes proches a eu le problème il y a quelques années avec son ancien appareil photo, un réflex non tropicalisé qui a souffert de la chaleur humide en Indonésie et ne s’en est jamais remis…

      Effectivement je pense que c’est surtout l’humidité de ma peau qui posait problème, mais il ne faut quand même pas négliger le fait que l’air est saturé à plus de 90% d’humidité (certaines sources parlent même de 100%). Et lorsque que tu passes la nuit dans la jungle, l’humidité est encore plus forte. Sans parler du fait que souvent on revient au point de départ du trek en descendant la rivière sur des radeaux fait de bouées… comme tu peux imaginer, on est loin d’y être au sec ;)

      Si tu n’as pas de boîtier tropicalisé ou pas le budget pour investir dans ce type de matériel, je pense que tu peux quand même t’en sortir en anticipant les problèmes possibles :
      • en prévoyant par exemple plusieurs chiffons bien secs dans ton sac pour essuyer en permanence : des chiffons micro-fibres épais pour essuyer le boîtier et du papier optique à usage unique pour nettoyer l’optique (et au pire un chiffon microfibre doux genre chiffon à lunettes).
      • peut-être aussi en bourrant ton sac photo de petits sachets de silice pour absorber l’humidité.

      Conseil important : attention à ne pas essuyer l’objectif quand l’humidité s’y trouve encore sous forme liquide. Il faut bien attendre que ça sèche avant d’essuyer, sinon ça bave et le problème est compliqué à gérer et tu risques de rayer ton optique. Ou alors il faut tapoter avec un chiffon (plutôt qu’essuyer) pour enlever le liquide sans rayer l’objectif.

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